Depuis le début de l'année 2025, plusieurs médias spécialisés évoquaient l'intérêt croissant de Revolut pour le marché marocain. La banque numérique britannique, qui compte plus de 40 millions de clients dans le monde, avait commencé à poser les jalons d'une éventuelle implantation. Mais début juin 2026, Bank Al-Maghrib a clairement fait savoir que le dossier n'était pas une priorité.
Les Points Cles a Retenir
- Démarches exploratoires : Revolut a engagé des démarches au Maroc depuis 2025, avec constitution d'une équipe locale et nomination d'un responsable marocain
- Rencontre officielle : Abdelatif Jouahri a reçu les dirigeants de Revolut début juin 2026 lors d'une rencontre exploratoire
- Report du dossier : Bank Al-Maghrib a reporté l'examen en raison de trois chantiers prioritaires
- Aucune demande formelle : Revolut n'a déposé aucune demande d'agrément bancaire à ce stade
- Marché déjà couvert : Le segment visé par Revolut est déjà largement couvert par les banques et opérateurs marocains
Une Fintech Britannique qui Regarde Vers le Maroc Depuis Plusieurs Mois
Depuis le début de l'année 2025, plusieurs médias spécialisés evoquaient l'interet croissant de Revolut pour le marche marocain. La banque numerique britannique, qui compte plus de 40 millions de clients dans le monde, avait commence a poser les jalons d'une eventuelle implantation. Une equipe locale etait en cours de constitution, un responsable marocain avait ete nomme pour piloter le projet, et des discussions preliminaires avaient ete engagees afin de mieux comprendre le cadre reglementaire national.
Ces demarches restaient cependant a un stade exploratoire. Revolut cherchait a evaluer les opportunites offertes par une economie marocaine en croissance, tout en envisageant le Maroc comme une eventuelle plateforme d'acces au continent africain. L'interet etait reel, mais aucune demande formelle d'agrement n'avait encore ete deposee aupres de Bank Al-Maghrib.
C'est dans ce contexte que les dirigeants de la fintech ont ete recus a Rabat debut juin 2026.
La Rencontre avec Abdelatif Jouahri : un Echange Franc et Direct
Lors de la conference de presse qui a suivi le deuxieme Conseil de Bank Al-Maghrib au titre de 2026, le wali de la Banque centrale, Abdelatif Jouahri, a apporte des precisions sur ces echanges. Il a confirme avoir recu les responsables de Revolut, accompagnes d'un representant marocain, au debut du mois de juin.
Les dirigeants de la fintech ont expose les raisons de leur interet pour le Royaume : les perspectives de croissance de l'economie marocaine et la possibilite de faire du Maroc une porte d'entree vers le reste du continent africain. Jouahri a reconnu cet interet tout en soulignant que les circonstances actuelles ne permettaient pas a Bank Al-Maghrib de repondre favorablement a leur demande.
Le ton etait courtois mais ferme. Le wali a explique que plusieurs chantiers majeurs mobilisaient actuellement les equipes de regulation, rendant impossible l'examen d'une nouvelle demande d'implantation etrangere dans l'immediat.
Trois Priorites qui Passent Avant Revolut
Abdelatif Jouahri a ete explicite sur les raisons de ce report. Trois dossiers strategiques occupent actuellement toute l'attention de la Banque centrale.
"Nous sommes pris par tous ces chantiers-la."
Ces priorites doivent etre traitees avant d'examiner de nouvelles demandes d'acteurs internationaux. La position est claire : la Banque centrale prefere achever les dossiers en cours plutot que d'ouvrir de nouveaux fronts reglementaires.
Un Marche Deja Bien Couvert par les Acteurs Locaux
Au-dela des priorites institutionnelles, Abdelatif Jouahri a egalement rappele que Revolut s'interesse principalement a un segment d'activite ou les etablissements marocains sont deja fortement presents. Sans citer explicitement les services concernes, il a souligne que cette clientele est aujourd'hui largement couverte par les banques et operateurs nationaux.
Ce point est important. Il montre que Bank Al-Maghrib ne percoit pas l'arrivee de Revolut comme une necessite urgente pour le developpement du marche marocain. Les services de banque numerique, de paiements et de transferts internationaux sont deja proposes par plusieurs acteurs locaux, notamment les banques traditionnelles qui ont accelere leur transformation digitale ces dernieres annees.
Cette observation reduit mecaniquement le caractere prioritaire d'une ouverture du marche a un nouvel entrant etranger.
Aucune Demande d'Agrement a ce Stade
Le wali a tenu a clarifier un point essentiel : Revolut n'a pas depose de demande d'agrement bancaire ou de licence aupres de Bank Al-Maghrib. La rencontre avait avant tout un caractere exploratoire et visait a mieux comprendre les perspectives du marche marocain et la position du regulateur.
Cette precision est importante. Elle montre que Revolut reste dans une phase d'observation et de prise de contact, sans avoir franchi le cap d'une demande formelle. Les dirigeants de la fintech ont d'ailleurs indique comprendre que « ce n'est pas le moment favorable » et ont demande s'il leur serait possible de revenir ulterieurement pour poursuivre les discussions.
Abdelatif Jouahri a affiche une certaine reserve, soulignant la necessite de regler d'abord les enjeux internes avant de fixer un calendrier precis. Les dirigeants de Revolut ont quitte Rabat avec l'idee de revenir « dans quelques annees », lorsque les conditions seront jugees plus favorables par le regulateur marocain.
Le Contexte Plus Large de l'Ouverture du Marche Bancaire Marocain
L'attitude de Bank Al-Maghrib s'inscrit dans une approche prudente et graduelle de l'ouverture du secteur bancaire marocain aux acteurs etrangers. La Banque centrale a deja autorise plusieurs etablissements internationaux a s'implanter au Maroc ces dernieres annees, mais toujours dans un cadre strictement encadre et apres examen approfondi des dossiers.
Cette prudence est motivee par plusieurs considerations :
- La protection du systeme bancaire national face a la concurrence etrangere
- La garantie de la stabilite financiere du Royaume
- La necessite de maintenir un niveau eleve de supervision dans un contexte international marque par des risques croissants
- Les enjeux lies a la regulation des services de paiement et a la protection des donnees clients
L'arrivee d'une grande fintech comme Revolut souleve des questions specifiques liees a la regulation des services de paiement, a la protection des donnees clients et a la concurrence avec les acteurs locaux. Bank Al-Maghrib semble vouloir prendre le temps d'analyser ces enjeux dans le cadre des priorites deja identifiees.
Ce que Cela Signifie pour l'Ecosysteme Fintech Marocain
L'annonce de Bank Al-Maghrib intervient a un moment ou l'ecosysteme fintech marocain gagne en maturite. Le secteur beneficie de la generalisation des usages numeriques, de la forte progression des paiements mobiles et de la mise en place d'un cadre reglementaire de plus en plus adapte.
Dans ce contexte, l'arrivee potentielle d'un acteur international de la taille de Revolut aurait pu etre percue comme un accelerateur de developpement. La position de la Banque centrale montre toutefois que les autorites preferent laisser le temps aux acteurs locaux de consolider leurs positions avant d'ouvrir davantage le marche.
Cette approche n'est pas necessairement negative pour les fintechs marocaines. Elle leur offre une fenetre supplementaire pour renforcer leur offre et leur competitivite face a d'eventuels nouveaux entrants.
Les Prochaines Etapes Possibles
Pour l'heure, le message de Bank Al-Maghrib est sans ambiguite : si l'interet de Revolut pour le Maroc est reconnu, les priorites reglementaires et institutionnelles du moment repoussent toute perspective concrete d'installation.
Les dirigeants de la fintech ont toutefois garde la porte ouverte en exprimant leur volonte de revenir ulterieurement. Il est donc probable que des contacts informels se poursuivent dans les mois et les annees a venir, meme si aucune echeance precise n'a ete fixee.
Bank Al-Maghrib n'a pas ferme definitivement la porte. Elle a simplement indique que d'autres dossiers devaient etre traites en priorite avant d'examiner cette demande specifique.
Conclusion : une Decision de Timing, pas de Refus Definitif
La position de Bank Al-Maghrib sur le dossier Revolut illustre parfaitement l'approche prudente et strategique du regulateur marocain. Il ne s'agit pas d'un refus categorique, mais d'un report motive par des priorites institutionnelles et reglementaires bien identifiees.
Pour les observateurs du secteur, ce report n'est pas surprenant. La Banque centrale a deja demontre par le passe sa volonte de maitriser le rythme d'ouverture du marche bancaire marocain. L'arrivee d'un acteur international de la taille de Revolut souleve des questions importantes en matiere de supervision, de concurrence et de protection des consommateurs, qui meritent d'etre traitees avec le temps necessaire.
La vraie question qui se pose aujourd'hui est la suivante : dans combien de temps les conditions seront-elles jugees suffisamment matures par Bank Al-Maghrib pour examiner serieusement l'implantation de Revolut au Maroc ? Les dirigeants de la fintech semblent prets a patienter. Le regulateur, lui, reste concentre sur ses priorites actuelles.