Imaginez un instant que vous êtes trader sur les marchés des matières premières, un mardi matin de mai 2026. Vous ouvrez votre terminal Bloomberg et vous voyez le Brent grimper de 4 % en une heure. Quelques minutes plus tard, un tweet de Donald Trump sur Truth Social annonce que les négociations avec l'Iran « se déroulent très bien » — et le baril redescend immédiatement de 7 %. Vous venez de vivre, en moins de deux heures, l'essence même de ce que les marchés pétroliers endurent depuis le 28 février 2026.
📌 Ce Que Vous Devez Retenir
- Depuis le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran le 28 février 2026, le WTI et le Brent ont tous deux progressé de plus de 45 %
- Les chargements de brut iranien en mai restent inférieurs à 0,3 million de barils par jour, en forte baisse par rapport à la moyenne d'avril (1,5 Mb/j) et de mars (1,7 Mb/j)
- Les prix mondiaux du pétrole ont chuté d'environ 20 % par rapport à leurs sommets de 2026, les investisseurs restant optimistes quant à un accord de cessez-le-feu
- L'étranglement du détroit d'Ormuz fait monter les coûts énergétiques et pèse sur les économies mondiales — y compris aux États-Unis
- Un protocole d'accord de 60 jours a été conclu pour étendre le cessez-le-feu et entamer des négociations sur le programme nucléaire iranien — mais l'accord reste fragile
Le 28 Février 2026 : Le Jour où Tout a Basculé
Pour comprendre la crise actuelle, il faut revenir au point de départ. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont frappé simultanément des installations militaires et nucléaires iraniennes dans une opération d'une ampleur sans précédent depuis la guerre du Golfe. Le blocus a été imposé après que les frappes américaines et israéliennes ont tué le chef suprême de la République islamique, l'Ayatollah Ali Khamenei, et d'autres hauts dirigeants.
La réponse de Téhéran ne s'est pas fait attendre. En quelques jours, l'Iran a déclenché ce qui allait devenir l'arme de destruction massive économique la plus redoutable de son arsenal : le contrôle militarisé du détroit d'Ormuz. L'Iran a imposé un blocus de facto sur la navigation dans le détroit depuis début mars, exigeant que les navires obtiennent son autorisation pour passer ou risquent d'être attaqués.
Résultat ? Un choc pétrolier d'une brutalité rare. Environ 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole brut et en gaz naturel liquéfié transitaient par le détroit d'Ormuz avant la guerre. L'Agence Internationale de l'Énergie, dans sa dernière mise à jour mensuelle, a averti que les stocks de pétrole mondiaux se vidaient à un rythme record, Ormuz restant fermé.
Le Détroit d'Ormuz : La Gorge de l'Économie Mondiale
Permettez-moi d'être direct : le détroit d'Ormuz n'est pas qu'un simple couloir maritime de 54 kilomètres de large. C'est la carotide de l'économie mondiale. Quand il ferme, c'est l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement en énergie — du Koweït, d'Irak, de Bahreïn, du Qatar, des Émirats Arabes Unis et d'Arabie Saoudite — qui se retrouve étranglée.
Et aujourd'hui, ce détroit est une zone de guerre active. Malgré les espoirs de paix, des frappes ont continué, avec des forces iraniennes tirant des missiles balistiques sur le Koweït et envoyant des drones d'attaque vers le détroit. UBS a noté qu'il y a encore « peu de preuves » d'une amélioration à court terme du trafic de navires ou des flux d'énergie dans la région.
« Même si un accord ouvrant le détroit était conclu, les marchés de l'énergie resteraient perturbés pendant des mois. »
À mi-mai, le conflit bloquait le flux d'environ 14 millions de barils de pétrole par jour, selon l'Agence Internationale de l'Énergie. Ce qui est particulièrement alarmant, c'est que même une résolution diplomatique rapide ne suffirait pas à normaliser immédiatement les marchés.
La Diplomatie du Chaos : Trump, une Méthode qui Déstabilise les Marchés
Voilà le cœur du problème. Et franchement, si vous cherchez un mot pour décrire la politique américaine envers l'Iran depuis février, c'est celui-ci : imprévisibilité. « Le complexe (pétrolier) continue d'osciller violemment au milieu des commentaires contradictoires de la Maison-Blanche et de l'Iran, ainsi qu'entre Trump et le dirigeant israélien Benjamin Netanyahu », ont souligné des analystes de la firme de conseil énergétique Ritterbusch and Associates.
Cette volatilité verbale n'est pas accidentelle. C'est la méthode Trump à l'état pur. Le 12 mai, le président Donald Trump a rejeté la contre-offre de l'Iran à une proposition américaine pour mettre fin au conflit. Trump a qualifié l'offre de Téhéran de « garbage » et a averti que le cessez-le-feu était sous « assistance respiratoire ».
Quelques jours plus tard, retournement spectaculaire. Les prix du pétrole sont restés élevés lundi même après que le président Donald Trump a annulé ses projets d'attaquer l'Iran pour l'instant. Le Brent, référence internationale, a progressé de plus de 2 % pour clôturer à 112,10 dollars le baril.
Et le 24 mai, nouveau pivot. Le samedi précédent, le président Trump a déclaré qu'un accord avec l'Iran pour ouvrir Ormuz, entre autres questions, était largement négocié et serait annoncé prochainement. Le commandant en chef avait précédemment suggéré que le conflit avec l'Iran était sur le point d'être résolu, avant que les tensions n'escaladent et que les prix du pétrole ne repartent à la hausse.
Ce cycle infernal — espoir, escalade, espoir, escalade — est devenu la nouvelle normalité des marchés pétroliers.
Les Négociations Nucléaires : Ce qui se Joue Vraiment à Ormuz
Derrière la question des tankers et du prix du baril, il y a une négociation bien plus profonde : le futur du programme nucléaire iranien. Et c'est là que réside la vraie complexité du dossier.
L'Iran « doit accepter » de ne jamais avoir d'arme nucléaire, et le détroit d'Ormuz doit être « immédiatement ouvert » à un trafic maritime sans restriction, a exigé Trump sur Truth Social. De son côté, Téhéran a ses propres conditions. Selon l'agence Fars, « la partie la plus importante de l'accord » est « le paiement immédiat de 12 milliards de dollars d'avoirs gelés iraniens ». L'Iran refusera toute nouvelle négociation si ce paiement n'est pas effectué.
Le Secrétaire d'État Marco Rubio a déclaré aux législateurs que l'Iran a accepté de négocier des aspects de son programme nucléaire qu'il refusait précédemment de discuter, mais a souligné que cela ne garantissait pas que les négociations aboutiraient à un accord.
Et il y a un troisième acteur dans ce théâtre géopolitique : Israël. Alors que le président Trump poursuit un accord de paix concernant l'Iran, le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu reste déterminé à démanteler les capacités iraniennes et du Hezbollah. Cette fracture stratégique entre Washington et Tel Aviv est l'une des variables les plus déstabilisantes de l'équation.
Le MOU de 60 Jours : Une Lueur d'Espoir Sous Pression
Fin mai 2026, une avancée majeure a semblé se dessiner. Des négociateurs ont conclu un protocole d'accord de 60 jours pour étendre le cessez-le-feu et entamer des négociations sur le programme nucléaire iranien, selon des sources américaines citées par CNBC. Le président Trump doit encore approuver le protocole. Ce protocole apparent est intervenu quelques heures après que les États-Unis et l'Iran ont échangé des frappes militaires.
Ce que prévoit cet accord provisoire est substantiel. Le mémorandum prévoirait également la levée des restrictions dans le détroit et stipulerait que l'Iran doit retirer toutes les mines du passage maritime dans les 30 jours, tandis que les États-Unis lèveraient leur blocus en conséquence.
⚠️ Mais le chemin vers une signature définitive reste semé d'embûches
- Mohsen Rezaee, conseiller du guide suprême iranien, a déclaré que Trump « trahit la diplomatie »
- « En maintenant le blocus naval et en formulant des demandes excessives dans les négociations, il a de nouveau prouvé qu'il n'est pas enclin à la négociation et poursuit d'autres objectifs »
- L'accord reste non signé à ce jour et fragile
Comment le Brent a Vécu Trois Mois de Montagnes Russes
Voici la photographie factuelle du marché depuis le déclenchement du conflit. Elle est saisissante.
Le Brent a progressé de plus de 45 % entre fin février et son pic de 2026, atteignant des niveaux que beaucoup d'analystes estimaient impossibles dans un scénario non-récessionnaire. Le Brent a reculé d'environ 20 % par rapport à son pic de 2026, atteint au plus fort des tensions.
Le Brent a enregistré une baisse de près de 19 % pour le seul mois de mai — sa pire performance mensuelle depuis la pandémie de Covid-19. Pourquoi une telle chute alors que le conflit est toujours actif ? Parce que les marchés anticipent davantage qu'ils ne constatent. Le recul de 3 % du baril le 4 juin 2026 illustre la prééminence du facteur politique sur les fondamentaux de l'offre et de la demande. Tant que la perspective d'un accord l'emporte sur celle d'une reprise des hostilités, la prime de guerre continue de se dégonfler.
Mais attention à ne pas confondre désescalade diplomatique et normalisation réelle des marchés. Citigroup a indiqué que les marchés pétroliers trouvaient un terrain plus solide alors que les investisseurs excluaient de plus en plus les scénarios de perturbation de l'offre dans les pires cas. Cependant, la banque a averti que l'incertitude sur le calendrier de tout accord maintenait les banques centrales en alerte, les décideurs politiques pesant la possibilité d'une politique monétaire plus restrictive en réponse aux risques d'inflation liés à l'énergie.
Les Trois Scénarios pour les Prochaines Semaines
Honnêtement, personne ne peut prédire avec certitude ce qui va se passer. Mais les marchés, eux, ont déjà intégré trois scénarios principaux :
L'Impact sur l'Économie Mondiale et les Marchés Émergents
Ce conflit n'est pas qu'une affaire américano-iranienne. Il touche directement les économies importatrices de pétrole — et le Maroc fait partie de celles-là. Avec un Brent qui reste bien au-dessus de 90 $, c'est toute la facture énergétique nationale qui s'alourdit, les coûts de transport qui augmentent, et l'inflation qui résiste à la baisse.
L'incertitude sur le calendrier de tout accord maintenait les banques centrales en alerte, les décideurs politiques pesant la possibilité d'une politique monétaire plus restrictive en réponse aux risques d'inflation liés à l'énergie. Citi a indiqué que la hausse prolongée des prix du brut commençait à se propager dans des pressions inflationnistes plus larges, notamment à travers des « effets de second tour », ce qui incitait certaines banques centrales à devenir plus hawkish.
Pour les investisseurs marocains, les impacts sont multiples et directs :
- Les compagnies aériennes voient leurs charges de carburant exploser
- Les opérateurs logistiques répercutent les hausses sur les prix
- Les producteurs d'engrais — secteur vital pour l'agriculture marocaine — subissent de plein fouet la flambée des prix du gaz naturel, étroitement corrélé au pétrole
Ce que les Investisseurs Doivent Surveiller
Si vous gérez un portefeuille ou si vous cherchez simplement à comprendre comment positionner vos actifs dans ce contexte, voici les indicateurs clés à suivre au quotidien :
- Le trafic en temps réel dans le détroit d'Ormuz — C'est l'indicateur alpha de toute cette crise. Chaque tanker qui passe ou non conditionne directement les prix.
- Les déclarations de Trump sur Truth Social — Oui, un réseau social influence directement les marchés pétroliers en 2026. C'est la réalité de l'ère Trump 2.0.
- Le statut du MOU de 60 jours — L'approbation ou le rejet de cet accord par Trump sera le catalyseur le plus important pour les marchés dans les prochaines semaines.
- Les stocks mondiaux de pétrole — Les stocks devraient approcher des niveaux historiquement bas de 7,6 milliards de barils d'ici fin mai, selon un rapport de la banque suisse UBS.
- La position de la Chine et de l'Inde — Les deux plus grands importateurs mondiaux de brut. Si leur demande fléchit face à des prix trop élevés, c'est le principal contrepoids naturel aux excès de prix.
Conclusion : Un Monde Pétrolier Transformé, Quoi qu'il Arrive
Voilà, vous avez maintenant une vision claire et complète de cette crise géopolitique majeure. Ce qui se joue entre Washington, Téhéran et le détroit d'Ormuz depuis février 2026, c'est bien plus qu'un conflit bilatéral — c'est une reconfiguration profonde des équilibres énergétiques mondiaux.
« Quoi qu'il arrive, les Iraniens contrôleront le détroit d'Ormuz dans un avenir prévisible, peu importe ce que dit l'accord. Tout le monde dans la région le croit. » — Amos Hochstein, ancien conseiller principal en énergie du président Biden
Ce constat, glaçant dans sa simplicité, résume peut-être mieux que tout autre l'enjeu de la crise actuelle. Même avec un accord, même avec la réouverture partielle d'Ormuz, la géographie du pouvoir pétrolier mondial a changé. Les routes maritimes alternatives — Cape de Bonne-Espérance, pipeline IPSA en Arabie Saoudite — vont se développer. Les exportations américaines de brut vont continuer à monter en puissance. Et l'Iran, quoi qu'en dise Trump, sortira de ce conflit avec un levier géostratégique inédit.
Pour vous, que vous soyez investisseur, chef d'entreprise ou simple citoyen attentif à l'état du monde : restez vigilants, diversifiez vos expositions aux matières premières, et surtout — ne croyez aucune déclaration définitive dans ce dossier avant d'avoir vu la signature au bas d'un accord. Dans le feuilleton Trump-Iran, le dernier épisode n'a pas encore été écrit.